Conseil de discipline – Décision 30-20-02099 – Rifampin vs rifabutin

No dossier30-20-02099
Date de Jugement2020-11-25
No dossier antérieurn/a
Date Jugement dossier antérieurn/a
JuridictionProvincial
TribunalConseil de Discipline – Ordre des Pharmaciens du Québec
Plaignant / DemandeurJM, en sa qualité de syndic adjoint de l’Ordre des pharmaciens du Québec
Intimé / DéfendeurCL, pharmacienne
Mise en causen/a
Type de pratique pharmaceutiqueCommunautaire
Chefs d’accusation /nature du recours (articles) [Sanction/ sentence/ condamnation/ ordonnance]      (1) «Le ou vers le 16 mai 2019, a fait preuve de négligence lors de l’exécution de l’ordonnance portant le numéro 1594914-0720 au nom du patient (…) prescrivant le médicament Rifabutine 300 mg die en remettant plutôt Rifadin® 300 mg die». (RLRQ, c. P-10, r. 7 art 77) [Amende $]

Résumé      Élément déclencheur :
«Le 28 mai 2019, lors du rendez-vous de suivi du patient à la clinique, la pharmacienne de l’hôpital auquel la clinique est rattachée se rend compte de l’erreur commise le 17 avril 2019 et reproduite le 16 mai 2019. Par conséquent, elle dépose une demande d’enquête auprès de l’Ordre en date du 6 juin 2019». [18]       
«Le 27 mai 2020, la plaignante dépose la présente plainte à l’encontre de l’intimée». [19]     

Faits :
«L’intimée est membre de l’Ordre depuis 2000». [9]          
«Dans les faits, le patient, monsieur A (le patient), est un homme âgé de 65 ans au moment des évènements. Il est atteint du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et prend du Tivicay (dolutégravir), un antiviral. Il est suivi à la clinique SAMI (la clinique)». [11]       
«Le 17 avril 2019, souffrant d’une pneumonie de type « complexe Mycobacterium avium » (MAC) avec une tuberculose latente, le patient se fait prescrire une ordonnance comportant trois traitements : Azithromycine 500 mg PO DIE, Ethambuthol 800 mg PO DIE et Rifabutin 300 mg PO DIE». [12]       
«Cette ordonnance contient également plusieurs renseignements quant aux pathologies du patient et est communiquée le même jour directement par la clinique à la pharmacie». [13]       
«Le pharmacien de service à la pharmacie en date du 17 avril 2019 exécute l’ordonnance et remet au patient les médicaments suivants : Azithromycine 500 mg PO DIE, Ethambuthol 800 mg PO DIE et Rifampine/rifampicine (Rifadin) 300 mg PO DIE, au lieu du Rifabutine (Mycobutin) 300 mg PO DIE». [14]       
«La Rifampine (Rifadin) 600mg DIE peut être prescrite pour un MAC chez des patients qui sont négatifs au VIH». [15]       
«Or, puisque le patient est VIH positif et traité par le Tivicay, seule la Rifabutine (Mycobutin) 300 mg est compatible avec sa thérapie médicamenteuse». [16]       
«Le 16 mai 2019, l’intimée procède au renouvellement de l’ordonnance du 17 avril 2019 et remet à nouveau la Rifampine (Rifadin) 300 mg PO DIE au patient». [17]       
«Le 28 mai 2019, lors du rendez-vous de suivi du patient à la clinique, la pharmacienne de l’hôpital auquel la clinique est rattachée se rend compte de l’erreur commise le 17 avril 2019 et reproduite le 16 mai 2019. Par conséquent, elle dépose une demande d’enquête auprès de l’Ordre en date du 6 juin 2019». [18]       
«Le 27 mai 2020, la plaignante dépose la présente plainte à l’encontre de l’intimée». [19]       
Décision :  
«Par son plaidoyer de culpabilité, l’intimée reconnaît avoir contrevenu à l’article 77 du Code de déontologie des pharmaciens». [39]       
«Dans la présentation de leur recommandation conjointe, les parties expliquent que l’infraction reprochée à l’intimée constitue un manquement grave en lien avec la profession puisqu’elle se situe au cœur même de celle-ci et que ses conséquences dans le présent cas auraient pu être très sérieuses». [40]       
«En effet, selon l’experte retenue par la plaignante, Mme RT (l’experte), dont le rapport est déposé de consentement, l’intimée ne vérifie pas la dose indiquée au dossier patient afin de s’assurer que la dose remise lors de l’exécution de l’ordonnance le 17 avril 2019 est adéquate en fonction de l’indication thérapeutique». [41]       
«Si l’intimée avait procédé à cette vérification, elle aurait pu constater l’inexactitude de la dose de la Rifampine (Rifadin) 300 mg, et ce, étant donné que si ce médicament avait effectivement été prescrit, la dose aurait dû être de 600 mg». [42]       
«En effet, l’experte explique que la Rifampine (Rifadin) peut être prescrite dans le cas du patient, mais que dans une telle éventualité, il aurait fallu que la dose soit de 600 mg DIE, au lieu de 300 mg PO DIE, et que la dose du Tivicay soit augmentée à 50 mg BID, ce qui ne concorde pas avec le plan de traitement contenu à l’ordonnance du 17 avril 2019». [43]       
«L’experte relève également que l’intimée ne s’est pas non plus aperçue de la consigne émise au patient de prendre la Rifampine (Rifadin) en mangeant, alors que selon la monographie ce médicament doit être pris à jeun». [44]     
«Par ailleurs, l’intimée procède également au renouvellement du Tivicay sans s’apercevoir de l’interaction cliniquement significative avec la Rifampine (Rifadin)». [45]       
«En effet, l’interaction de la Rifampicine avec le Tivicay engendre une diminution de la concentration plasmatique du Tivicay, ce qui aurait pu occasionner la perte d’efficacité du traitement antirétroviral». [46]       
«L’experte est d’opinion que l’intimée aurait dû consulter l’ordonnance originale, ce qui lui aurait permis de constater l’erreur dans la remise du médicament le 17 avril 2019 et d’apporter la correction nécessaire». [47]       
«Enfin, l’experte explique que le MAC et le VIH du patient sont deux pathologies complexes qui requièrent une plus grande vigilance de la part du pharmacien. De plus, la mention sur l’ordonnance que la Rifabutine (Mycobutin) vise à traiter une tuberculose latente accroît la complexité de l’ordonnance». [48]       
«L’intimée reconnaît que ses connaissances à l’égard d’ordonnances combinant le VIH et la tuberculose sont limitées, ce qui exige d’elle non seulement une vigilance accrue, mais dans les circonstances, l’obligation de consulter les références scientifiques afin de procéder à la validation des médicaments prescrits et de leur posologie». [49]       
«En revanche, les parties relèvent qu’il s’agit d’un acte isolé de la part de l’intimée». [50]       
«Enfin, les parties ne font pas état de la survenance de conséquences néfastes à l’égard du patient ou du public». [51]       
«Il n’est toutefois pas nécessaire qu’il y ait eu réalisation de conséquences néfastes à l’égard du public pour constater la gravité des infractions». [52]       
«En effet, l’absence de conséquences néfastes ne constitue pas un facteur atténuant».[53]      
«Enfin, les parties ont retenu les facteurs suivants dans l’élaboration de leur recommandation conjointe : la protection du public, l’exemplarité à l’égard des membres de la profession, la dissuasion de l’intimée de récidiver, tout en ne lui interdisant pas indûment d’exercer sa profession». [54]     
DécisionCoupable – 1/1 chef – Amende 4500 $
Éléments d’intérêt pour le pharmacien/la pharmacieLes conditions tels que le VIH méritent toujours une attention accrue, particulièrement lors de l’ajout de d’autres médicaments au dossier. De plus, la turberculose étant une condition que l’ont rencontre moins dans le quotidien, il est normal d’avoir à consulter des ouvrages de références pour s’assurer de l’exactitude du traitement prescrit, ce qui n’a pas été fait dans ce cas.
Mots-clésVIH, tuberculose, rifampin, rifabutine
JurisprudenceUbani c. Médecins (Ordre professionnel des) Médecins (Ordre professionnel des)c. Chbeir R. c. Dumont Pharmaciens (Ordre professionnel des) c. Bélanger Pharmaciens (Ordre professionnel des) c. Boulet Pharmaciens (Ordre professionnel des) c. Lorint Pharmaciens (Ordre professionnel des) c. El Dalil Pharmaciens (Ordre professionnel des) c. Djaoued
Référencehttps://www.canlii.org/fr/qc/qccdopq/doc/2020/2020qccdpha46/2020qccdpha46.html
AuteurKim Jiang
RévisionJean-François Bussières
Révision et mise en formeJean-François Bussières

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s